Hargan est grand, trop large pour les ruelles qu’il arpente. Son corps semble construit en angles et en masses, épaules tombantes, bras longs comme des leviers, mains épaisses qui pendent au bout de poignets noueux. Il avance lentement, sans hâte, comme s’il savait que personne ne le pressera jamais. Son visage est dur, mangé par une barbe sombre et rêche, mais ce sont ses traits asymétriques qui frappent : une arcade fendue, une oreille à moitié arrachée, la peau tirée par de vieilles cicatrices mal refermées.
Ses yeux sont pâles, presque délavés, et donnent l’impression qu’il regarde à travers les gens plutôt que vers eux. Il porte des vêtements lourds, renforcés de cuir clouté, tachés d’huile et de sang ancien, et une grande hache courte — plus outil que symbole — pend souvent dans son dos. Quand il se tient immobile, il dégage une odeur de fer et de sueur froide. Quand il bouge, tout autour paraît soudain plus fragile.