Mon plus lointain souvenir remonte à Mama Bruq. Ferme mais protectrice. Mais quelle heureuse période de ma vie, même si ce n’était pas simple tous les jours. Si seulement j’avais respecté les principes et conseils de Mama. Que serait désormais ma vie si je n’avais fait ce choix à la fin de mon adolescence. Aider la belle Nieznane à fuir sa famille de dingues et surtout, principalement sa sœur aînée, Nieznane, la chef de la famille Nieznane. Elle la menait d’une main de fer, dure et impitoyable. Même les hommes de la famille la craignaient. Quand j’y repense, elle me donne encore la chair de poule rien que d’y penser. Son regard sombre, pénétrant qui te fouille….
Terrifiant. Cette nuit là, il pleuvait dru, l’orage grondait au loin. Les éléments m’hurlaient de ne pas mettre mon plan en œuvre. Comme d’habitude, je n’en n’ait rien écouté. Je marchais à travers les rues d’un pas décidé pour rejoindre au plus vite celle que j’aimais, la belle Hirva. Nous nous étions entendus pour nous retrouver à la fontaine de lierre à la minuit. Le but était de fuir loin de Samarande, ensemble, histoire de se donner une chance de vivre notre histoire. Arrivé sur place, mon cœur se serra. Un silence de mort régnait autour de la petite place. Ici, la nuit semblait encore plus sombre qu’elle ne l’était déjà. La température semblait bien plus basse que quelques pas avant. Je n’ai même pas eu le temps d’appeler Hirva qu’une ombre chuta des toits me surplombant. Là, devant moi, se trouvait Kafkaïa, tout de noir vêtue et, j’en jurerai encore, les yeux luisants d’un rouge profond. En une fraction de seconde, ma dague fusait dans sa direction. Sans attendre le résultat de mon lancer désespéré, je courais déjà comme un dératé vers je ne sais où sans me retourner. De suite, je sentis un molosse se ruer à mes trousses. Jamais su d’où il venait. J’eus à peine le temps de me ruer sur le pont aux larmes et sauter par dessus le parapet pour échapper in extremis à la bête. J’ai évité la noyade je ne sais comment. Mais quelques mètres plus loin, je pris pied sur la berge où m’attendait le guet. Je fut jeté en prison Ad Silencae après un simulacre de jugement. On m’avait accusé de meurtre. Un cadavre avait été retrouvé sur le petite place de la fontaine de lierre, ma dague en plein cœur. J’ai eu beau me refaire la scène des centaines de fois, je ne comprends pas. Je suis certain que seule Kafkaïa Donskaïa était devant moi. Et comment le guet a-t-il pu être si vite sur la berge pour me cueillir? J’ai été piégé par cette salope. Mes longues années en prison, même si compliquées au début, mon été finalement profitables. Les frères Tarn et Garonne m’ont été d’une grande aide. Ils m’ont appris les us et coutumes de cette tôle, m’ont même, en certaines occasions, protégé face à de vrais vicelards. Sans être des amis, nous avons appris à compter les uns sur les autres. Ces deux là m’ont donnés pas mal de trucs susceptibles de me servir le jour où je serai dehors. J’en ai profité pour me façonner un corps d’athlète histoire de pouvoir grimper et me balader facilement sur les toits.
Deux ans avant ma sortie ce cette tôle, nous avons été la cible d’un guet-apens. Quand j’y repense, je suis persuadé que j’en étais la cible. Il n’empêche que Tarn et Garonne y ont laissé leur peau. Les salauds. Pour ma part, je m’en suis sorti de justesse, gravement blessé, certes, mais vivant. Garonne, juste avant de claquer, m’a lâché du lourd. Ils connaissaient la planque d’un document susceptible de faire chanter un de ces gros (dans tous les sens du terme) du Culte d’Arlam, un certain prélat Markan. Inutile de préciser que cette info, je l’ai bien notée dans ma petite tête.
Finalement me voilà de nouveau dehors. J’me la joue discret. J’ai pas encore été voir Mama Bruq. J’hésite. Je sais pas comment elle va m’accueillir. En tout cas, j’serais bien content de revoir la belle Lyse. C’était un beau brin de fille à l’époque. Me suis fait prêter 100 Co, histoire de me remettre à flot. Pas de problème, je fais confiance dans l’info cachée par ce bon vieux Garonne pour me renflouer. N’empêche, il va être temps de se trouver une bande. Me reste plus que 10 Co, et je fatigue à toujours surveiller mes arrières. Pas envie de tomber de nouveau devant cette Kafkaïa. La dernière fois, ça m’a coûté pas mal d’années de tôle. Et Hirva????? Qu’est-elle devenue???