Carten est un homme sec, presque effacé, que la fumerie semble avoir sculpté à son image. On le reconnaît à sa silhouette voûtée, toujours engoncée dans un manteau trop large qui garde l’odeur persistante de suie et d’opiacé. Ses cheveux, jadis noirs, pendent en mèches ternes et graisseuses sur un front creusé. Sa barbe est courte, mal entretenue, piquée de fils blancs.
Son visage, tanné par les années de fumées épaisses, est marqué de rides profondes. L’œil gauche, laiteux, trahit un début de cécité, tandis que le droit, sombre et perçant, garde une vivacité surprenante. Carten parle peu, d’une voix rauque, comme mâchée par les volutes d’autrefois. Ses phrases sont courtes, souvent interrompues par de longs silences où il jauge, soupèse, attend.
Il ne sourit jamais franchement. Au mieux, sa bouche esquisse un pli ironique, comme s’il se souvenait d’un mauvais tour déjà joué. Ceux qui le fréquentent disent que Carten n’élève jamais la voix, mais qu’il a ce ton froid qui oblige à l’écouter.