1. Locations

ancienne Fumerie des Nuées

Nichée au cœur de la rue du Bourbier, dans la partie est de la Pointe de la Flèche, l’Ancienne fumerie des Nuées ressemble aujourd’hui à une carcasse vidée de sa chair, un lieu où les murs eux-mêmes semblent fatigués. Son nom vient des volutes épaisses d’opiacés et de plantes brûlées qui, jadis, s’échappaient de ses fenêtres étroites et baignaient tout le voisinage d’une brume âcre.

Le bâtiment est une ancienne maison de commerce à deux étages, de bois et de torchis, noircie par la fumée. Les volets gondolés pendent à moitié, et les planches de la façade se détachent sous les doigts. À l’intérieur, les pièces s’étagent en alcôves basses, encombrées de nattes effilochées et de matelas crevés, collants d’humidité. Les plafonds bas conservent encore une couche de suie jaunâtre, comme si les nuées d’autrefois s’y accrochaient pour ne jamais s’éteindre.

Le tenancier, un homme sec et prudent nommé Carten, a conservé les lieux malgré la fermeture officielle décrétée par le Guet. Officiellement, l’endroit ne sert plus qu’à loger des journaliers sans le sou ou des marins de passage. Officieusement, chacun sait que Carten continue d’ouvrir certaines alcôves aux habitués qui savent frapper à la bonne porte et payer comptant. Les pipes et brûle-parfums y circulent encore, mais dans une discrétion prudente : le temps des nuits saturées de volutes est révolu, remplacé par des murmures et des rendez-vous feutrés.