Lessi est petite pour son âge, menue au point qu’on la confond facilement avec une enfant perdue plutôt qu’avec un danger. Ses épaules sont étroites, presque fragiles, et sa démarche a ce léger flottement maladroit qui inspire la pitié plus que la méfiance. Elle sait s’en servir. Elle baisse les yeux au bon moment, rentre le menton, laisse ses bras pendre comme s’ils ne savaient pas quoi faire d’eux-mêmes.
Son visage est rond, encore marqué par l’enfance, avec des joues trop lisses pour les rues qu’elle fréquente. De grands yeux clairs — gris ou noisette selon la lumière — occupent trop de place, toujours humides, toujours au bord de la question muette. Son regard accroche, implore, désarme. Une frange irrégulière tombe souvent devant ses yeux, cheveux fins et ternes, coupés court par nécessité plus que par choix. Il y a presque toujours une trace de saleté sur sa joue ou sous ses ongles, détail soigneusement entretenu.
Elle porte des vêtements trop larges, récupérés, usés jusqu’à la corde : une robe épaisse ou une tunique délavée serrée par une ficelle, des bas rapiécés, des chaussures trop grandes qui traînent un peu. Rien qui attire l’attention, tout pour la détourner. Pourtant, à y regarder de près, son corps trahit autre chose : une posture soudain très droite quand elle croit ne pas être vue, une immobilité parfaite, un silence trop maîtrisé.
Quand Lessi sourit, c’est bref, presque effacé. Mais parfois, quand la proie est assez proche, l’innocence se fige une fraction de seconde — juste assez pour laisser passer une lueur froide, rapide, qui ne devrait pas se trouver dans les yeux d’une enfant. Et puis tout disparaît. La fillette est de retour.