1. Journals

Épisode 5 - La boîte de Pandore

14 de kahal 2652, en début soirée. Adagio, au grand complet est au Cinquième As alors qu'une soirée frimousse s'y prépare. Attendus par Tirik dans l'arrière salle, ceux-ci sont jetés dans le bain après les salutations d'usage. Youl Far'Han est intégré officiellement dans la bande, Tirik enchaînant immédiatement en tendant une cassette allongée faite de bois et de marqueterie, ornée de ferrures élégantes soulignant une serrure au palâtre ouvragé. Tirik souligne Il s'agit d'une cassette dissimulée dans la planque de Rostal suite à votre action où vous l'aviez délogé, provoquant sa fuite. Youl, à toi de jouer. Grim de la Velipière, comprenant les choses, extrait de sa botte à talon creux une petite clef arraché à Rostal et où tous se demandaient ce qu'elle pouvait bien ouvrir...

Youl s'empare alors du précieux butin et prenant de l'observer sous toutes les coutures il en déduit La cassette est sommairement protégé par cette serrure. Je vois une prima sequencia avant l'ultima... Oh oh ! Un secret est bien dissimulé sur le palâtre et un des trois clous de la ferrure semblent mobiles sur les six qui le composent. Il faudra donc en faire agir un qui finira d'ouvrir le mécanisme alors que les autres bloqueraient la serrure. Laissez-moi une petite minute et le coffret aura libéré ses secrets ! Déroulant alors une sacoche de cuir contenant nombre d'outils fins aux formes étranges il entreprend le crochetage du coffret. L'esprit perturbé par d'autres démons, il lutte sans succès contre cette serrure pourtant simple et, après l'avoir bloqué par deux fois, il arrive finalement à l'ouvrir, honteux de sa performance car ayant puisé dans ses plus profondes et plus précieuses ressources... Certainement que les quinze années de prison qui venaient de s'achever venait percuter l'esprit de liberté qu'il redécouvrait depuis quelques jours avec ses choix nombreux et ses opportunités alléchantes. De quoi faire douter, voire déprimer à cause de trop de liberté... c'est un comble !

Tirik, réceptionnant la caissette tendant par Youl l'ouvre sous le regard du petit groupe curieux de découvrir son contenu. Un premier parchemin sur peau de chevreau et scellé du sceau de la chancellerie princière sort de la boîte. Adagio découvre alors un nouveau talent du précieux Tirik qui profitant de chauffer une lame fine sur une bougie toute proche arrive avec délicatesse à ramollir suffisamment l'arrière du sceau pour en retirer le cordon de soie rouge qui empêchait la lecture du document. Il s'agit d'une Unknown manuscrite en umélorien antique et semblant traiter du baron Engival de Yorn et de son épouse Daeshemia de Yorn. Il faudra le faire traduire rajoute-t-il en le déposant sur la table et prenant une autre note dans la boîte. Celle-ci, Unknown, griffonnée sur du papier montre plusieurs plans et toutes les conjectures fusent dans la pièce, vite accompagné de nombreuses théories.

Ne pouvant pas laisser plus de temps ses invités à cause de la soirée qui n'attend plus lui pour démarrer, il propose alors un choix à Grim. Soit vous enquêtez sur la lettre close, soit sur les notes de Rostal, soit vous me retrouvez un escamoteur qui officie depuis quelques jours dans le quartier et qui commence à faire parler de lui tant sa boulimie l'invite à répéter ses frasques. Grim lui répond alors qu'Adagio se concentrera sur sa mission initiale, à savoir mettre au vert l'escamoteur impertinent. Tirik cède alors sa place à Phrasme qui tente d'expliquer, après avoir rejoint la fine équipe, ce que la rue sait de ce problème de rapines. On ne sait pas qui il est, où il crèche. Ce que l'on sait c'est qu'une cinquantaine de forfait peuvent être mis sur son compte ; que personne ne sait en donner une description et que personne n'a pu le prendre en flagrant délit. a partir des plaintes de victimes, son secteur irait de la place du marché couvert à la rue des Alcôves, soit un secteur très allongé dont la rue de l'Ossuaire et la rue des plaisirs seraient les artères.

Sans attendre, et malgré une soirée festive qui s'amorce dans l'établissement, Adagio se lance bille en tête à retrouver de suite l'escamoteur en parcourant la rue des fourreaux vides comme pour lui tendre un piège, épaulé par la Bande des Carbots. Choux blanc ! C'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. L'idée vient alors au groupe d'essayer de trouver des témoins des vols et après une visite rapide à L'Hirondelle, c'est à Unknown que les premiers vrais indices vont apparaître. Grim et son interlocuteur, Taariq, prennent le temps de se remémorer les faits en remontant dans le temps. Le trajet, du monde dans la rue d'Arkesh, une bousculade, un visage, une jeune femme ! Assez grande et plutôt athlétique, habillée comme un homme. Oui, c'est elle comme si le malheureux venait de revivre ces instants !

Nos joueurs, malgré l'heure avancée se précipitent dans la rue d'Arkesh toute proche et tombe sur un groupe de veilleurs gardant l'entrée nord de ce petit territoire enclavé sous la coupelle des Fils du Sabre. Manquant du fameux protocole d'accueil et de l'étiquette du désert, Grim se fait rabrouer alors que la tension monte d'un cran. Rendez-vous leur est donné le lendemain matin, laissant aux PJs le temps d'une nuit de repos bien méritée.

15 kahal 2652, le jour vient de se lever et une journée chaude s'annonce déjà alors que la vie quotidienne et répétitive de nombreux Samaraniens démarre avec les premières lueurs. Le temps d'engouffrer un petit-déjeuner léger, Adagio se retrouve à nouveau en prise avec les veilleurs. Un échange bref et efficace montre que les Khalers ont l'escamoteuse sous leur coupe et que celle-ci sera livrée, ou tout du moins son butin, à l'issue d'un duel entre Vakar et un lutteur du nom de Saadin. Les corps à demi-nus se dévoilent, les deux antagonistes huilant leurs corps pour cette danse guerrière. Une petite foule s'amoncèle déjà mais aucun pari ne semble être pris, à part celui entre Grim et Saadin qui, en cas de victoire de Vakar, leur verra honorer leur promesse de restitution ;  un service leur sera dû dans l'autre cas. Les adversaires se font maintenant face, se jaugeant. Leurs attitudes martiales ne font que confirmer la haute compétence des combattants, prudents, souhaitant cacher leurs bottes secrètes en pensant épuiser l'adversaire pour le décourager d'engager autant de ressources. Le premier assaut est donné et aussitôt esquivé par l'umélorien. Les combattants se font face, tournoyant l'un autour de l'autre pour prendre l'avantage de position et pouvoir imposer rythme et prises. Les assauts se suivent et les chocs sont brutaux, puissants et engagés entremêlés d'un certain respect et code d'honneur. Un vrai spectacle ! Alors que le combat s'éternise mettant à rude épreuve l'endurance des pugilistes, le constat semble donner un léger avantage à Vakar qui malgré un coup porté au visage a su rendre coup pour coup et a entamé durement son adversaire. Les corps sont maintenant épuisés, au bord de la rupture, l'endurance étant du côté du Cassar, la lucidité du côté de l'umélorien. Dans un dernier assaut qui délivrera son vainqueur, Vakar esquive habilement une dernière charge de Saani et accompagnant son opposant, il le propulse dans le mur tout proche comme l'aurait fait un torero face à une bête féroce. Le choc est décisif, le corps majestueux et couvert de sueur de l'exotique combattant de tout son long, sonné et épuisé. Vakar, s'affale à ses côtés, assit et exténué par tant d'efforts... Au moins une chose est sûre, l'enquête est résolue et le butin est retrouvé se dit Vakar alors que Grim reçoit un sac de toile remplit des rapines de la jeune femme. Et comment s'appelle-t-elle lance-t-il. Saani ayant retrouvé ses esprits entretemps lui réponds, haletant encore et peinant à se relever Dans notre langue nous disons qu'elle est Im'shaani , ce qui signifie l'invisible. C'est l'esprit léger pour certains, le cœur lourd pour d'autre et le corps meurtri pour le troisième qu'Adagio s'en retourne à sa planque pour évaluer leur prise...

Approchant des derniers mètres qui sépare nos héros de leur planque, Danan court jusqu'à Grim lui hurlant paniqué "Où étais-tu ? Tout le monde te cherche !! Tirik a disparu !!!"


Epilogue

Les cloches de la minuit sonnent un peu partout comme toutes les nuits sauf que celle-là est celle du 21 kahal 2652, tant redoutée par tous. Alors qu'habituellement le parvis de la cathédrale des Martyrs devrait être désert, sous une pluie fine doublée d'un léger brouillard, des scènes de guerre, de pillages ont lieues. Ici, un cavalier armé exécutant une jeune fille cherchant désespérément à fuir, hurlant à pleins poumons. Là les bandes de fanatiques religieux d'Arlam comme de la Vierge noire s'affrontant au milieu des forces de l'ordre dépassées et désordonnées agissant au hasard. Les flammes embrasent quelques étals de marchands, enflammant même la façade sud de la cathédrale et bloquant les pieux de la Vierge entre ce mur de mort et leurs détracteurs. Pour éviter le pire, le père Anthelme fait ouvrir les portes et tout le monde s'engouffre alors dans l'édifice pendant que, montant en chaire, il prononce la formule de protection des fervents du culte de la Vierge noire et leur éviter tout problème. Dans une furie d'une foule incontrôlable, les pauvres paroles du père s'évanouissent dans les colonnes de pierre du lieu anciennement déjà martyrisé et tous sont passés au fil de l'épée. Impuissant, Adagio déguerpit, le temps de voir le père Anthelme lui-même tombant sous les coups des agresseurs d'Arlam !!!

Tout en courant jusqu'à la planque, le reste est un film qui tourne en boucle dans les têtes de chacun oscillant entre horreur, injustice, trahison et sentiment d'abandon. Comment Samarande va-t-elle se remettre de ça ?