La Fédération est gouvernée par un unique souverain et par
une sorte de parlement nommé le Sejm. Jusqu’à récemment, le Sejm était formé
de seize nobles et vaticins puissants, lesquels avaient obtenu leur poste à
force d’intrigues politiques, de tractations commerciales et de menaces de
révolte envers le Roi. Au fur et à mesure, le Roi finit par céder bon nombre de
ses prérogatives au Sejm. Cependant, tout cela changea. L’événement le plus
important de l’histoire de la Fédération (et également l’un des plus importants
de l’histoire théane) a eu lieu il y a à peine dix-huit mois. La République a
frôlé l’effondrement politique, et ce pour deux raisons.
Premièrement, le Sejm
était paralysé par une règle nommée Liberum Veto. Celle-ci autorisait tout
Poseł (= « émissaire », « représentant », se dit « posłowie » au pluriel) à
refuser une législation, coupant ainsi court à toute discussion et à tout vote.
Il suffisait à n’importe quel poseł de déclarer « Nie pozwalam ! » (« Je ne
permets pas cela ! ») pour mettre un terme à tout débat politique. Les posłowie
avaient introduit cette règle afin d’appuyer que tous au sein du Sejm étaient égaux,
chacun possédant la même autorité en toute circonstance. Malheureusement, à
force de cynisme et de partis pris politique, le Sejm se retrouva bien vite au point
mort.
Deuxièmement, le Roi malade de la Fédération, Stanisław Ier, était à
l’agonie. Son fils et héritier présumé, Stanisław II, se mit alors en quête
d’un moyen de sauver le royaume. Il s’enferma dans la bibliothèque royale à la
recherche d’un recours ; n’importe quoi du moment que cela pourrait rompre la
paralysie du Sejm. Peu après minuit, il trouva. N’importe quel décret royal
pouvait être rejeté par le Sejm, à l’exception d’un. À force d’accords et de
traités, le Roi avait été dépouillé de toutes ses prérogatives sauf une : celle
d’accorder des titres de noblesse. Cela, le Sejm ne pouvait s’y opposer. Et
ainsi, le fils loyal mena son père mourant devant le Sejm, porté dans son lit
par une demi-douzaine de serviteurs, pour un ultime décret avant sa mort. Les
secrétaires présents prirent note des dernières paroles du Roi. Quel fut son
décret ? Il annonça que tous les citoyens de la Fédération seraient désormais
considérés comme nobles, possédant le titre de « Sire » ou de « Madame ». Cela
signifiait que tout citoyen de la Fédération pouvait voter au Sejm. Par son
ultime décret, le Roi changea la Fédération en une véritable démocratie.
Le
Sejm disposait de trente jours avant la mise en place de l’ultime décret du
Roi. Ils auraient pu légalement démettre le Roi de ses fonctions et ainsi tuer
dans l’œuf le décret de Stanisław Ier, mais ce dernier était si populaire que
ce faisant, ils auraient risqué une insurrection populaire désastreuse. Ils
étaient piégés. Réalisant que n’importe quel citoyen aurait le pouvoir de faire
obstruction à n’importe quelle loi, le Sejm décida promptement et unanimement
de supprimer le liberum veto. Quelques heures plus tard, le Roi Stanisław
survécut à un attentat sur sa personne, grâce à son fils et à la fiancée de ce
dernier, une sorcière de la Destinée vodacci. Le Roi est toujours vivant, mais
sa vie ne tient qu’à un fil, tandis que son fils s’efforce de rassembler
suffisamment d’influence politique pour lui succéder.
Désormais, tout citoyen
de la Fédération peut se rendre au Sejm et y voter à sa guise. Tous les
citoyens ne le font pas, mais tous savent qu’ils en ont la possibilité. Si le Sejm
décide de partir en guerre, les membres de l’armée peuvent décider de voter
contre. Si le Sejm décide d’augmenter les impôts, l’intégralité des marchands
de la Fédération peut décider de voter contre. La Théah n’a pas connu de
véritable démocratie depuis l’aube de l’Empire, et les habitants de la
Fédération ne cachent pas leur fierté.